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Chapitre 45- Le temps des récoltes …

Mis à jour : 28 sept. 2020

Sans préjudice…

2 juillet 2020,


Que c’est bon de cueillir feuille à feuille la salade du repas qui vient.


C’est presque poétique.


Les plantes vertes et tendres s’étirent et veulent être choisies. Elles semblent toutes volontaires pour venir égailler mon repas du soir. J’en ai l’eau à la bouche. L’odeur de la terre humide me picote les narines. Mon chien joue dans l’herbe tout près de moi.


Les bleuets sont beaux et promettent d’être savoureux cette année. Mes tomates sont encore loin de mon panier, les longues tiges fleurissent à peine, elles ne seront pas prêtes avant fin août.

Mais bon, je suis patiente.


Depuis 3 semaines on reporte la chimiothérapie, les prises de sang montre un taux très bas de globules blancs. Mon corps a du mal à se remettre de la force du poison qu’ils m’ont injecté. Je suis immunosupprimée, donc très à risque d’attraper toute sorte de virus, microbes et autres trucs désagréables.


Pour moi c’est l’isolement…heu … ça ne fait pas trop changement de mon quotidien mais l’appellation est différente.


Mes enfants sont prudents, ils ne veulent pas que je les touche parce qu’ils veulent me protéger… ironiquement, c’est maintenant que j’ai le plus besoin de les prendre dans mes bras et de les embrasser.


Cruelle la vie, encore …


Finalement, après injection de Grastrofile, un stimulant pour la moelle épinière, mes globules sont revenus à la normale et j’ai pu recevoir le deuxième traitement de cette nouvelle série de chimiothérapie. Je ne crois pas que ça ralentisse ce cancer à ce stade. La bosse près de mon nombril a encore grossi. Une autre masse appuie sur l'oreillette droite de mon cœur ce qui accélère mon rythme cardiaque et cause de l’essoufflement. Mon corps se fatigue en quelques minutes maintenant. Je n’ai plus d’énergie, que quelques réserves.


Je viens de recevoir un appel de mon infirmière pivot. Elle me dit que ma toux est dû aux lésions cancéreuses sur mon poumon droit. Je m’en doutais mais là c’est clair…elle vient de confirmer mes soupçons. Je vais sûrement avoir besoin d'un support d’oxygène bientôt, j'ai souvent le souffle court.

J’ai de plus en plus de mal à respirer normalement. Mon quotidien est de plus en plus difficile.


Je lui ai demandé de préparer les papiers légaux pour l’assistance à mourir, ou le suicide assisté. J’ai peur de souffrir. La souffrance je la connaît, il est hors de question que je repasse par là. Donc je veux être prête, ne pas attendre trop longtemps.


Je veux être capable d’appuyer sur le bouton ‘’ÉJECTER’’ si l’avion pique du nez, que les moteurs lâches et qu’il n’y a plus aucun parachute dans la carlingue…


Je vais bientôt devoir quitter la personne que j’ai été, que je suis et que j’aurais dû être s’il n’y avait eu cette maladie qui a tout gâché.


C’est difficile à accepter. J’y travaille tous les jours. Beaucoup de larmes coulent encore.


J'ai peur de ce qui m'attend...qui ne serait pas terrifié face à sa mort? En même temps, tout le monde doit passer par là un jour ou l'autre non? Ce doit pas être si difficile après tout.


Alors là c'est bientôt mon tour... quand? Personne ne peut me le dire avec certitude encore...mais l'étau se referme inexorablement.


J'ai eu plusieurs visites pour ma petite maison. Beaucoup d'intérêt, pas encore d'offre. La vente sans garantie légale doit freiner plusieurs acheteurs. Avec ma condition médicale je ne peux pas faire autrement, je ne veux pas que mes enfants soient responsable de cet immeuble après mon départ. Alors le bal des rendez-vous se poursuit et je croise mes doigts pour que ma propriété se vende le plus rapidement possible.


Et au travers tout ça, X renégocie la pension alimentaire de ses enfants à la baisse en trouvant une façon de transformer une partie de ses revenus en allocations non imposables, ce qui baisse son revenu total et par le fait même le montant qu’il doit me verser pour les enfants.


Mais il faut le comprendre, il a vraiment besoin de beaucoup d’argent pour être enfin heureux.


En voilà un que ma mort va réjouir. Plus de pension à payer et les enfants pour lui tout seul…il va sûrement ouvrir une bouteille de champagne et célébrer ça avec sa nouvelle femme. (Désolée, je suis encore en colère) ...


Cette situation me dépasse.


Quelle insignifiance face à ce que je vie. Je n’ai même plus l’énergie pour répondre à ses courriels. Juste le fait d’avoir eu l’idée de ce stratagème pour couper encore un montant sur la pension me reconfirme que l’homme avec qui j’ai vécue pendant presque 25 ans a bel et bien disparut.


Cette blessure ne se refermera jamais.


Cet homme, avec qui j’ai tant de souvenirs, me manque tous les jours. Il était mon meilleur ami, mon partenaire, mon amant, mon amour, le père de mes merveilleux enfants. Je pleure sa mort encore aujourd’hui.


Nous devrions vivre en paix et parler des projets futurs de nos enfants, de leurs avenirs de mes souhaits pour eux... mais nous en sommes encore à s’obstiner pour de l’argent.


26,97$ par mois, plus précisément.


Sérieusement? C’est pathétique.


Je hisse le drapeau blanc, s'il vous plaît arrêtez de frapper, je n'en peu plus,


Je n’ai plus la force … ‘’The winner takes it all’’ …



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