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Chapitre 46- 7 jours, 7 nuits...

Dernière mise à jour : 17 août 2020

Sans préjudices...

15 août 2020,

J’ai trouvé un peu d’énergie pour transcrire mon prochain chapitre.


Les jours précédents ont été plutôt difficiles et je récupère à peine. La fatigue est de plus en plus envahissante et la toux mine mes journées. J’ai de plus en plus souvent le souffle court au bout de mes quintes.

L’été tire à sa fin, déjà. Le temps s’effiloche rapidement quand tu apprécies la chaleur des jours plus tendres.

J’ai eu une offre d’achat sur ma maison 😊 je suis contente mais comme c’est conditionnel à la vente de leur maison ça peut prendre beaucoup de temps. Nous continuons les visites en espérant avoir une autre offre pour accélérer le processus. Au moins ça bouge un peu de ce côté. C’est du positif dans ma vie et je le prends à bras ouverts!

J’ai reçu un appel de la directrice du département infirmier de l’hôpital hier. Elle voulait s’excuser du comportement de son personnel…


Je vous raconte pourquoi ?


Voici mes aventures des derniers jours…


Mercredi, 5 août 2020, j’ai chimiothérapie ce matin 8hr. Je me sens plutôt bien, c’est une belle journée ensoleillée mais je ne pourrai pas en profiter car je suis droguée et branchée à des tubulures toute la journée. Tout était normal, une chimio comme les autres. Sacs après sacs, je vois entrer toutes sortes de produits chimiques dans mes veines espérant que ce cocktail ralentisse la maladie.


Je dors beaucoup, la dose de Bénadryl est forte. Ma psychologue me rend visite après le dîner, entre deux siestes. Une autre partie de ma vie est mis à nue.


15hr30, la fin du traitement approche. Je me sens bizarre, j’ai froid tout à coup. Je frissonne et demande des couvertures chaudes. Une, deux, trois couvertures…rien à faire… là j’ai vraiment froid.

Je suis incapable d’arrêter les tremblements de mon corps. J’ai l’impression d’être en hypothermie. Mes dents s’entre choquent. Mon corps tremble violemment maintenant, autour de moi c’est la panique…


Les infirmières se relais pour contrôler mes signes vitaux. Un médecin s’approche de moi en relevant légèrement les couvertures sous lesquels je grelotte comme quelqu’un qu’on viendrait de sortir d’un lac glacé.


Il m’annonce que je dois rester en observation et qu’ils vont me transférer au 8ième étage de l’hôpital…je vais passer la nuit ici c’est certain. AWWWW merde ... !


Arrivée dans la chambre, je remarque deux autres patients. On m’installe et vérifie encore mes signes vitaux. Tout est normal. J’essaie de dormir mais je n’y arrive pas. Les tremblements sont trop intenses.


Une heure plus tard, ma température monte en flèche…38, 39.5, 40 …


Merde!


Les infirmières autour de moi sont inquiètes. C’est à ce moment que les plans changent encore. Je m’en suis rendu compte parce que tout d’un coup, le personnel soignant est déguisé en astronautes autour de moi…


Et oui, j’ai peut-être été contaminé à la covid-19… pfffffffffffffff …


Il manquait plus que ça à mon palmarès.


Ils prennent toutes les précautions liées au virus. Les astronautes déambulent comme dans un film de S. Spielberg. Les deux patients dans la même chambre que moi apprennent qu’eux aussi doivent être en isolement à cause de moi. Le monsieur en face de mon lit se met à jurer comme un bûcheron… Oufff.


Je n’avais vraiment pas besoin de ça…vraiment pas.

Ils commencent à me préparer pour me transférer dans la zone tiède du Corona-virus de l’hôpital où les patients sont en isolement en attendant le résultat des tests.

Les astronautes m’enveloppent dans une bulle. Je ne dois pas contaminer personne sur la route vers ma nouvelle chambre.


Il y a même un agent de sécurité qui marche devant nous pour écarter tout le monde et s’assurer que la voie est libre.

Ma chaise roulante avance lentement, c’est tellement intense. J’ai mon ascenseur juste à moi.


Arrivée à destination, après avoir passée plusieurs points de contrôles, je m'assoie enfin sur le lit.

WOW !!! J’ai les fesses complètement trempées…Je me relève d'un coup.


Le matelas est imbibé de liquide désinfectant et les draps sont tout mouillés.

La jeune infirmière qui m’accompagne me dit de m’assoir sur la chaise en attendant que ça sèche.


Heu ???? Quoi ? Pardons j’ai n’ai pas bien compris ?


Lol…je vous jure, c’est ce quelle a dit.


Malgré mon état de fatigue, ma fièvre et mes jambes tremblantes, je lui réponds que je ne pense pas que ce sera sec demain matin…alors ce soir on oubli ça... lol


Elle insiste et me demande encore de m’assoir sur la chaise et de bien vouloir attendre que ça sèche…là ma belle, ça ne fonctionne pas.


Je fais 40 de fièvre, j’ai passé la journée en chimio, je suis épuisée…il est hors de question que j’attende car il est évident que ce lit ne séchera pas ce soir. J’insiste et lui demande si je peux utiliser le lit juste à côté.


-‘’Je ne peux pas Madame, c’est la procédure’’. Me répond t’elle.


Là, je commence à perdre patience. Il est hors de question que j'attende des heures sur cette chaise...

Peut-on changer le matelas et les draps alors? Prendre ceux du lit voisin?


-‘’Non, on ne peut pas changer les matelas’’…


Je lui demande, le plus poliment que mon état me le permet, d’aller chercher l’infirmière responsable de l’étage. Visiblement contrarié, elle sort et revient quelques minutes plus tard avec sa supérieure qui vérifie le matelas. Elle appuie avec sa main sur le lit et autour de ses doigts gantés ça faisait des bulles…lol…omg… en un instant elle lui demande de changer le matelas avec celui du lit voisin et de changer les draps.


Enfin, le bon sens est de retour après sa pause café …


Séjour en section Covid-19… 30 heures de pure bonheur… ouaip, tests après tests, signes vitaux toutes les heures, seule dans une petite chambre…très peu de sommeil...


Je n’ai pas pris de vacances cet été alors…pourquoi pas un petit séjour à l’hôpital ?


Et bien le test Covid est négatif … évidemment … bon, mais c'est quoi mon problème ?


Le lendemain soir on me transfère encore de chambre, un peu plus loin sur l’étage, une chambre à quatre patients, mais nous sommes deux seulement.


Je suis du côté hublot, chouette !!! La croisière va être plus douce si je peux voir le ciel.


La fièvre est tombée, les antibiotiques font leurs travail, je vais mieux. Ils ont trouvé une bactérie dans mon sang. Comme je suis immunosupprimée ce serait dangereux de retourner à la maison sans savoir ce qui cause l’infection. Alors c’est reparti pour une tournée de tests de toutes sortes. J’ai même eu droit au scan et aux radiographies encore…rien d'anormal, mis à part les cancers qui poussent dans tout les coins...ils ne voient rien.


Le lendemain matin, les effets secondaires de la chimiothérapie commencent. Nausée, intestins sensibles, diarrhée… la routine quoi !! On m’avait assuré la veille que je n’avais qu’à demander et on me donnerait la médication pour contrer tout ça.


Changement de quart de travail, pas le même personnel…


Vers l’heure du dîner j’ai mal au ventre, je sais que les diarrhées arrivent alors je demande à l’infirmier qui s’occupe de moi de bien vouloir me donner ma médication. Celle que mon oncologue me prescrit pour la chimio, je ne l’ai pas avec moi, je ne pensais pas rester à l’hôpital. En général un ou deux comprimés suffisent pour régler le problème…


L’infirmier me dit qu’il veut attendre de voir l’évolution de mon état. Il va vérifier plus tard auprès de l’interne de garde ce jour-là…J’insiste en lui expliquant que c’est à mon dossier en oncologie, que je ne dois pas attendre car je sais que la situation se dégrade si je ne le prends pas.


Il insiste et veut attendre…bon … patience Louve…


Un peu plus tard dans la journée je demande très poliment à une autre infirmière de vérifier, que je dois vraiment prendre ce fichu médicament avant que ça dégénère, que j’en suis à plus de 80 traitements, je sais quel sont mes symptômes. J’ai vraiment besoin de prendre ce truc.


Même réponse… c'est juste moi où ils sont bouchés ? Personnes ne veut m'aider ?


Trois heures plus tard, quelques épisodes de plus à la salle de bain et des crampes intestinales de plus en plus fortes, je demande encore à une autre infirmière ...


-‘’NON Madame ! Me répond-elle avec un air exaspéré, -''On ne vous donnera pas cette médication, et en plus vous êtes en isolement pour la bactérie C-Difficile! Me dit-elle en fermant le rideau au complet de façon très cavalière et en installant un panneau pour les précautions sanitaires…

-‘’Nous n’avons pas le choix, c’est le protocole de l’hôpital’’.

………………, …………, je n’ai plus de mots. Là, mes larmes coulent.


Je suis tellement frustrée et découragée par tant de stupidité que j’en pleure. Je n'ai pas d'énergie pour me battre contre ça. C'est trop.


L’infirmier revient, j’essaie de lui expliquer encore que ça n’a pas de sens, que j’ai simplement besoin du médicament, que mon corps réagit toujours de cette façon à la chimio…rien à faire. Je suis encore en isolement pour une trentaines d’heures, le temps que les tests reviennent du laboratoire.


Je ne peux pas quitter mon coin de chambre, je ne peux plus marcher dans les corridors pour me dégourdir les jambes. J’ai un petit pot de chambre, plus le droit d’aller à la salle de bain.


Comble de tout, le personnel se met à être désagréable avec moi.


Ouaip! De mieux en mieux…


Apparemment j’ai trop insisté puisque la courtoisie n’est plus de mise à mon chevet. Plus de bonjour, plus de politesse, les gestes sont secs et froids quand je sonne pour avoir de l’aide ça prend beaucoup de temps avant que quelqu’un daigne venir me voir. Même la préposée de soir me parle d’un ton désagréable. Ils sont solidaires ça se voit.


Un infirmier vient changer mon antibiotique intraveineux. Il met deux heures avant de revenir vérifié si tout va bien et brancher ma prochaine dose. Mais il a oublié de démarrer la précédente...premier rapport d'accident. Ils ont aussi inscrit que j'avais reçu une injection de Gastrofile alors que ce n'était pas le cas...deuxième rapport d'accident... ce n'est pas très rassurant.


Je suis vraiment découragée. Je me sens prise en otage, sans voix, sans recourt. Mon oncologue est en vacances. Mon infirmière pivot ne travaille pas la fin de semaine…


Ma colocataire n’en revient pas elle n’on plus. Nous avons sympathisé tout de suite elle et moi car nous avons beaucoup de points en communs. Elle me dit que je devrais porter plainte… que personne ne devrait être traité comme ça.


Je n’arrive pas à croire qu’ils vont laisser mon état empirer jusqu’au lendemain pour un protocole ridicule. Deux infirmières m’ont dit dans la soirée : -‘’Nous savons que les tests vont être négatifs mais nous n’avons pas le choix’’ ….

La logique a pris un taxi pour l’aéroport… Je ne suis pas traitée comme une patiente de chimio mais comme n'importe qui qui débarque à l'urgence avec des symptômes de C-Difficile.


Bref, un autre dur moment à passer. Je demande plusieurs fois à voir le médecin de garde. Rien à faire, trop occupé. Même ma famille essai de m’aider en contactant le service d’oncologie.


Bon… comme si les derniers jours n’étaient pas assez, il fallait en ajouter un peu plus ...


Mon Karma revient à la charge. Je dois subir encore.


35 heures plus tard, une infirmière au grand sourire vient m’annoncer que les résultats de la bactérie C-Difficile sont négatifs et que je ne suis plus en isolement…


-‘’Wow…quelle bonne nouvelle…que je suis surprise!’’ Que je lui réponds, sarcastique.


20 minutes plus tard on m’apporte mon médicament… enfin.


Une résidente en oncologie est venue s’excuser dans les heures qui ont suivi.


Mon infirmière pivot, le lundi matin, est venue tout de suite à mon chevet. Elle a pris les choses en mains. Elle me connait bien, me suit depuis le début de la maladie, sait ce que j’ai traversé. Elle était outrée du comportement du staff.

Bon, ce qui est fait ne peut être changé.


J’espère juste ne jamais revivre ça.


Je suis de retour à la maison. Je vais mieux. Ils n’ont pas trouvé la source du problème mais les antibiotiques font effet. La bactérie n’est plus là et mon système immunitaire est de retour dans l’arène pour le prochain round.


Merci Johanne pour ton support durant notre séjour mutuel, ton support m’a été très précieux.

Quelle belle rencontre.


Merci à ma grande sœur qui a fait le voyage pour me soutenir. À ma fille aussi qui est venue me remonter le moral tout les jours où je n'étais pas en isolement xoxox je vous aime tellement!


Preuve que quand les vagues sont très hautes, si on regarde bien, de notre barque on peut toujours apercevoir les étoiles dans le ciel 😉 Merci ! xoxox




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