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Chapitre 41- Le temps …

Mis à jour : 27 mai 2020

Sans préjudice...

26 mai 2020,


Avant même de commencer à écrire mes larmes coulent.


J’étais sur le canapé du salon un peu plus tôt. J’écoutais une série télé sur Netflix. En touchant mon ventre J’ai senti une bosse près de mon nombril.

Je pleure parce que c’est la première fois que je le touche pour vrai ce cancer.


Avant il était sur des images, des radiographies, dans les explications de mon oncologue. Aucune douleur ou forme particulière. Un fantôme.


Il était un peu abstrait...


Là je peux le toucher, il est bien réel, il vient de se matérialiser.


Je vais mourir. Ça tourne en boucle dans ma tête...


Quand? Je ne sais pas. MERDE !


Je peux tracer le contour de cette merde qui grandit en moi.


La bosse n’est pas douloureuse pour l’instant. Mais elle est envahissante, tant sur mon ventre que dans mon esprit.


Les enfants reviennent demain, je suis seule à la maison. Tant mieux, ils ne faut pas qu'ils me voient comme ça. Je pleure comme un bébé et j’écris. C’est pas mal la seule chose qui me fait du bien présentement, écrire.


Panique!


Je sais que je dois rester calme, je vie avec cette merde depuis 5 ans quand même.


Mais là c’est plus fort que moi, j’appelle mon infirmière pivot et elle me case un scan le plus tôt possible. Je me sens comme un animal traqué, sans aucune possibilité de pouvoir m’enfuir. J’aimerais prendre un couteau, découper cette saloperie et m'en débarrasser.


Les montagnes russes sont là, les émotions s’accroches aux sièges et se font bousculer encore. Mon enfer personnel vient de se réveiller, le volcan gronde à nouveau. Le répit des derniers mois est bien fini.


Et ce maudit Covid-19 qui me tient loin de tout le monde que j’aime. Et cette séparation de merde qui m’empêche de voir mes enfants...


Le temps s’écoule et je suis là, prise au milieu de tout ça, impuissante, enragée, des goûts de meurtre dans la bouche et ma bosse qui envahit toute mes pensées. Et tout mes projets, mes pauvres projets...aurais-je le temps de vous réaliser?


À cette étape de ma vie, rien n'importe plus que le temps...


Mes larmes tombent sur les lettres de mon clavier. Je dois les essuyer sinon je risque l’électrocution.


Je suis reconnaissante du temps que la science m’a accordé en surplus. Ils ont vraiment fait de leur mieux pour essayer de m’aider à combattre ce monstre.


J’espère juste que la suite ne sera pas trop douloureuse. La douleur je la connaît bien. Elle me fait peur. Je sais jusqu’où elle peut aller et je ne veux pas revivre ça. C’est hors de question. Je vais prendre mes précautions avec mon médecin pour l’éviter.


Mon pauvre cœur est en miette. La perspective de devoir dire adieu à mes enfants, ma famille, mes amies, mon chien, la vie… se concrétise de plus en plus.

C’est tellement difficile à supporter. Mon cerveau bouille.


Je dois vivre avec cette réalité déchirante.

Tout le monde doit mourir un jour, je sais... mais c'est difficile d'affronter ton quotidien quand le bourreau tourne le couteau dans la plaie constamment, avec un p'tit sourire diabolique, il fait durer la douleur le salopard. Il ne veut pas que je parte tout de suite...


-''Tiens! Souffre encore un peu, hahaha'' !


Y'a des jours je vous dis, j'ai envie de tout plaquer. Merde !



Du calme Louve. Reprends ton souffle et fait le vide... tout ne va pas si mal. Il reste du sable dans ton sablier. C'est dernier temps beaucoup d'humains sont partis sans même dire adieux à leurs proches. N'oublie pas. Courage ma jolie, tu l'as encore ton courage, utilise-le.


Partir ...

oufff !


Moi, je veux quitter ce monde avec tout mon amour. Je veux me souvenir de chaque instant de vie avec mes enfants, avec tous ceux que j’aime. Je vais essayer de tout mon coeur et ma force.

Je ne veux rien oublier de mes talents, de mes passions et de mes défauts aussi. (On apprend à vivre avec eux à la longue 😉 , on s'y attache).


Pfffffffffffffff... ça va mieux. J'arrive a respirer normalement.


Quelle belle journée...


J’entends les oiseaux dehors, ma fenêtre est tout près de mon bureau.


Mes larmes s’assèchent maintenant. Ça m’a fait du bien de pouvoir exprimer mon désespoir. Écrire n’est pas une cure mais ça aide à drainer les émotions trop fortes.

Je vous le recommande fortement.


Il fait beau et chaud cet après-midi. Le pommier devant la maison est en fleurs, il est magnifique.

Je vais aller arroser mon petit jardin tout à l'heure. Laitue, tomates, fines herbes...Ça sent bon la lessive dehors, les draps ballottent aux grés du vent. Ça sent tellement bon dormir dans des draps qui ont séchés au soleil.


C’est mon anniversaire dans quelques jours. Et oui, j'en ai de la chance, une autre année :) !


J’ai hâte, les enfants seront avec moi !


( Je vais peut-être pouvoir assister au film ''AVATAR 2'' l'an prochain...qui sait ? Et vous? Serez-vous là? ).


Une superbe journée à vous!



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