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Chapitre 17- Je retourne au combat …

Mis à jour : 1 mars 2020

Sans préjudices...


Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours été plus productive tard le soir et la nuit. Tout est calme. Rien pour déranger ma concentration.


Il est 2:30 du matin et j’écris encore.


J’entends les ronflements réguliers de ma fille chien qui dort près de ma chaise. Elle rêve, ses pattes bougent toute seule comme si elle poursuivait quelque chose. Elle pousse de gros soupir quand la poursuite est terminée…lol.

Que je l’aime ma boule de poils...


Novembre 2016,


La chimio se poursuit jusqu’à Noël. Le plan de match? Une autre IRM de l’abdomen en janvier avec un scan du thorax. Ils veulent savoir si les masses se sont stabilisées ou ont diminuées avec la chimio.


Si c’est le cas, mon chirurgien de Montréal veut tenter une autre C.H.I.P. en février.........................ouffffff.


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Louve Dubois

Novembre 2016


Bilan de rencontre avec le super chirurgien de Montréal.......Il planifie une deuxième ''CHIP'' pour le mois de février. Les conditions doivent être optimales pour avoir accès à cette chirurgie; stabilisation ou réductions des masses cancéreuses et santé stable.


Le prochain IRM est prévue pour janvier. Donc il faut attendre les résultats pour savoir si je me fais charcuter. Voilà, ça résume la situation. Un autre mois à l'hôpital après une chirurgie lourde encore plus risquée que la première car ils doivent approcher des artères principales derrière le foie.


Comme dirait l'autre ''It's not gonna be a walk in the park''... J'essaie de vivre le moment présent ''une journée à la fois'', pour garder mon équilibre mental. La perspective de revivre cette chirurgie, avec tout ce qu'elle implique, me glace le sang. Moi qui croyais avoir atteint le sommet de la montagne, voilà que les nuages se dissipent et je découvre que j'en était seulement qu'à la moitié. J'ai de la chance que mon sherpa soit superman....

Seen by 16



Et oui, il veut refaire la grosse opération.

Dans son bureau, quand il me l’a proposé, il y a eu un silence.


Pendant une fraction de seconde toutes les images et les souffrances de la première C.H.I.P. ont traversées mon esprit. J’en ai eu la chair de poule.

Encore un mois à l’hôpital. C’est tellement frais dans ma mémoire. J’ai peur.

Il me dit que ce sera encore plus risqué que l’autre opération. Ils doivent contourner le foie, là où les artères principales sont situées. Ces grosses veines sont fragiles et les risques de ruptures et de saignements durant la chirurgie sont très élevés.


Le trajet vers la grande ville est très silencieux. L’ambiance est lourde dans la voiture. X et moi baignons dans un univers parallèle de maladie depuis un bon bout de temps maintenant. Vivre dans un drame perpétuelle c'est vraiment épuisant psychologiquement. Nous sommes tout les deux fatigué de ce scénario, on aimerais beaucoup changer de film.


Je repense aux vidéos que j’ai fais pour ma famille avant l’autre opération si les choses tournaient mal. Je ne savais pas quoi faire pour calmer l’angoisse face au risque de mourir sur la table de chirurgie.

Avoir la chance de dire adieu à ceux qu’on aime ce n’est pas accordé à tout le monde.


Je vois tous les jours des décès tragiques. Des accidents de voitures, des écrasements d’avion…

Des humains de tous âges qui n’ont pas eu la chance que j’aie. Alors j’ai voulu saisir cette opportunité, mais ça n’a pas été facile. Je ne savais pas trop quoi dire. C’est de la torture mentale. C’est très douloureux. Ce grand sentiment de perte me ronge à tous les jours.


J’essaie de rester positive.

Nager pour garder ma tête hors de l’eau. Mais c’est difficile parce qu’à chaque rendez-vous on me tire vers le fond.


X et moi avons des rencontres avec psychologue, à chaque traitement. J’ai une chambre privée pour les traitements maintenant.

Nous apprécions beaucoup ces rencontres. Ça nous permet de ventiler les émotions.

Nous devons faire notre propre cheminement X et moi, mais ces rencontres à deux nous aide à relativiser et voir les choses plus clairement.

Je m’inquiète beaucoup pour X. La surcharge émotive et physique lui pèse sur les épaules. Je l’aime tellement. Je veux qu’il soit heureux.


J’espère pouvoir apporter cet amour avec moi. C’est tout ce que je souhaite. Ne pas oublier et partir avec l’amour. Je n’ai jamais vraiment cru aux âmes sœurs, mais X et moi somme souvent en symbiose...


L’un termine la phrase de l’autre, nous pensons la même chose en même temps. Ça fait tellement longtemps que nous sommes ensemble que la fusion est réel. X et les enfants sont tout pour moi. Si je pouvais veiller sur eux là où je vais…


Novembre 2016,

Je suis en traitement. Le quatrième Folfuri. X n’est pas là. Il avait un rendez-vous ce matin. C’est ma voisine, qui m’accompagne. Son conjoint et elle sont de vraies perles. Toujours prêt à rendre service. Que ce soit pour nourrir les animaux en notre absence ou veiller sur la maison ou les enfants, ils sont toujours prêts à nous aider. Deux être sensibles et irremplaçables.


Je suis dans la salle 18, avec la télé, ma tablette, mon livre électronique et mon journal intime. Ce journal c’était l’idée de ma psy. J’ai vécu tellement de choses traumatisantes qu’elle pensait que mettre tout sur papier aiderait à drainer les émotions, qui souvent sont très intenses dans ce genre d’expérience de vie.

C’est vrai que ça fait du bien, juste de pouvoir décharger la frustration, la colère, la tristesse. Surtout de ne plus avoir peur d’oublier des détails.


Raconter l’histoire au jour le jour et pouvoir partager ce que je traverse...


Décembre 2016,


L’infirmière pivot de Magog est venu me retirer l’infuseur ce matin. Elle est drôle et sympathique. Elle a les plus beaux yeux verts de la planète, 5 enfants, et un sourire radieux. Elle me fait du bien quand elle passe chez moi. Comme je suis seule toute la journée, c’est bon d’avoir un peu de compagnie.

Ma pression est très basse. Je suis étourdie et faible la plupart du temps. Les nausées sont toujours présentes, comme une personne indésirable qui me suit partout où je vais. J’ai le bout des doigts très sensible et les pieds aussi. J’ai les yeux qui chauffent et qui coulent du matin au soir. C’est le quatrième traitement de cette série et il me rentre dedans celui-là. Plus que les autres. Mon corps commence à trouver ça dure de lutter. Je le sens.

Mon moral est bas aussi. La solitude me pèse. Il y a de moins en moins de gens qui prennent de mes nouvelles. Je les comprends. Les mots leurs manquent à eux aussi. J’ai tellement de briques qui me tombent dessus que les mots d’encouragement se fond rare maintenant. Il y a un malaise qui s’installe, celui où les gens autour de toi savent comment cette histoire va se terminer mais que personne n’ose en parler.


J’ai commencé un autre oiseau à l’aquarelle aujourd’hui. Une belle paruline à collier que X a prit en photo. Les couleurs de cet oiseau sont magnifiques.


Mes beaux parents sont partis aujourd’hui. Ils m’ont offert un beau cadeau. J’avais vu de beaux coussins pour les chaises de ma table de cuisine dans une boutique. J’en avais parlé à ma belle-mère l’hors d’une conversation quelques semaines auparavant. Quand je suis revenu de mon traitement elle avait installé les coussins. C’était superbe avec la table. Une personne très sensible et à l’écoute des autres cette femme. Je l’apprécie beaucoup. J’en avais les larmes aux yeux encore…


Décembre 2016,


Belle journée d’hivers aujourd’hui. Je viens de terminer mon oiseau. Ça me fait du bien de mettre mon cerveau à ‘’off ’’ quand je créer. Je dois rester concentrée sur mon travail et ça bloque les idées noires.

Noël approche. La frénésie du temps des fêtes et le magasinage. Vraiment, cette année, je ne veux rien d’autre que la présence de ceux que j’aime. Créer de beaux souvenirs avec ses proches c’est ce qu’il y a de plus important. Au bout de la vie, c’est tout ce que nous avons. Tout le reste n’est que du vent. Rien d’autre n’a vraiment d’importance.

Je dois quand même aller acheter des cadeaux, respecter la tradition. Je vais y aller lundi, il y a moins de monde dans les magasins. Les foules et l’attente aux caisses ce n’est pas ma force… lol.


Je suis inquiète à chaque fois que j’ai mal au ventre. Je pense à ces merdes dans mon ventre. J’espère que la chimio fait effet et qu’elles ne se répandent pas ailleurs.


Aujourd’hui j’ai un mal bizarre. C’est diffus dans mon ventre et ça me donne mal au cœur. Essayer de passer au travers tes journée avec un mal de cœur constant n’est pas évident. Les médicaments aident un peu, mais m’endorment aussi. Pffffff …


Je dois m’allonger souvent, ça aide à faire passer les crampes. Ça me coupe l’appétit.

Ma fille a un tournois de Volleyball aujourd’hui. J’aimerais tellement y être pour l’encourager. J’adore ce sport en plus.


Ça aussi, ça me manque beaucoup.




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