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Chapitre 12- Un voyage à Montréal

Mis à jour : 29 févr. 2020

Sans préjudices...


Ma chienne a joué avec une mouffette hier soir.


Je faisais de la photo avec elle dehors vers minuit. La lune était superbe. Je réglais ma caméra pour m’installer à l’avant de la maison. Je l’entendais jouer dans l’herbe. Au début je n’y ai pas porté attention. Je ne voyais pas, il faisait trop noir, mais elle semblait avoir beaucoup de plaisir.


Après quelques minutes un petit jappement a soudain attiré mon attention et je me suis approchée pour voir avec quoi elle s’amusait autant. J’ai distingué son pelage noir et blanc devant moi…et un autre pelage noir et blanc un peu plus loin à quelques mètres de nous…


OMGOSH ! PANIQUE !!!!

Elle jouait avec une moufette. Et je pense que la mouffette s’amusait aussi parce qu’elle ne l’a pas arrosé… Peut-être a-t-elle confondu sa fourrure avec celle d’une autre moufette ? Je me suis dépêchée de la ramener dans la maison. Nettoyer un chien arrosé par une moufette, c’est l’enfer. J’avais déjà été obligé de nettoyer mon labrador quelques années auparavant...


On s’apprêtait à partir de chez les parents de X pour revenir à la maison. Deux heures de routes, avec les enfants et les deux labradors. Juste avant de partir, un des chiens a couru derrière une mouffette qui l’a arrosé dans la bouche et partout sur son visage. J’ai dû lui brosser les dents et le laver avant de partir. Mais dans la voiture ça sentait vraiment mauvais malgré les multiples shampoings. Je ne voulais pas revivre ça. On l’a échappé belle…



Mon nouvel oncologue, Dr. Potvin, a trouvé un spécialiste à Montréal qui opère ce genre de cancer. Ils sont 3 dans sa spécialité au Canada. Je suis heureuse qu’il ne soit pas si loin de chez moi.


Alors je prends rendez-vous avec lui à sa clinique, au centre-ville. Un homme sympathique, mais qui me met en garde contre la gravité de la chirurgie qu’il me propose :

Il s’agit de la chirurgie C.H.I.P. (Chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale). Je l’ai trouvé sur YOUTUBE, pour ceux qui n’ont pas le cœur sensible.

Elle est très risquée et invasive.


Elle consiste à ouvrir le patient du pubis jusqu’aux milieux des seins, faire le ménage et enlever toute trace visible de cancer, retirer les organes touchés si c’est possible, installer deux tubes, recoudre le ventre temporairement et injecter dans l’abdomen de la chimiothérapie chauffée qui brûle toutes les surfaces et qui élimine les cellules cancéreuses. Un bain de chimio. Ils brûlent l’intérieur de ton ventre pendant environ 35 minutes, ils rincent et referment ensuite. Ils installent 4 drains abdominales pour les premiers jours qui suivent le traitement pour évacuer les liquides cicatriciels.


Voilà… super!


Des heures de plaisir.


Le chirurgien veut faire une chirurgie exploratoire avant la C.H.I.P.. Il veut évaluer la situation avant de convoquer tous les spécialistes impliqués dans la grosse opération. Alors je prends rendez-vous en septembre 2015 pour une autre laparoscopie.


Mon Karma a encore frappé. Je me suis rendu le jour prévu pour l’opération, tôt le matin à Montréal (Deux heures de route de chez moi). On me prépare pour ma chirurgie. Et j’attends. X est là. Nous sommes dans une grande salle avec d’autre patients. J’attends, Je dois être à jeun pour l’opération. Il est 15hr et j’attends toujours. Je devais passer en avant midi.


Vers l’heure du souper, le chirurgien arrive et m’annonce que je devrai revenir un autre jour. Ils ont eu un cas d’urgence et il est trop tard pour opérer…yep… on retourne à maison, deux heures de routes encore. On cancel les gardiens des enfants, ils devrons revenir un autre jour...


On me donne une autre date pour l’opération, celle-là fut la bonne.


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Louve Dubois

Octobre 2015


Rendez-vous pré-opératoire aujourd'hui...c'est fou comme le temps passe vite quand t'as pas hâte à quelque chose...


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Mon voyage en salle d’opération est toujours aussi traumatisant. Même peur/panique à chaque fois. J’ai toujours l’impression d’être dans un film d’horreur…pourquoi moi ?

Au réveil, mon ventre est douloureux. Mais tout est sous contrôle.


-‘’Tout s’est bien passé’’, me dit le chirurgie.


Mis à part le fait qu’il ai retiré une autre masse qui s’était logé dans le gras des intestins. Il me dit qu’il va l’envoyer au labo pour analyse.


J’ai le cœur serré.


J’en ai marre de recevoir des briques sur la tête.


Vraiment.


Une autre convalescence. Les enfants sont très gentils. Ils sont attentionnés avec moi, ils veulent me rendre service. Ils ont leurs préoccupations personnelles avec les cours et leurs activités. Ils doivent composer avec les rendez-vous, les mauvaises nouvelles, les traitements, les chirurgies, les gens qui se succèdent pour venir s’occuper d’eux à la maison quand nous sommes absent X et moi…


Ce n’est vraiment pas ce que je souhaitais pour ma famille.


Ce n’est pas facile de se concentrer au quotidien quand on vie avec la maladie. Toute la famille a une épée au-dessus de la tête. Tout le monde attend, ils la regardent de temps en temps pour voir si elle va tomber. C’est stressant et toute ton énergie va au département des émotions. Parce que ce département c’est comme des montagnes Russes qui n’arrêtes jamais. Aussitôt que tu ouvres les yeux le matin tu repars dans ce tourbillon infernal.


C’est vraiment épuisant.


J’attends. Une semaine. Deux semaines. Trois…


Le téléphone sonne et je retourne à la clinique à Montréal. Tout le long du trajet je tremble. J’ai peur des résultats. À chaque fois que j’ai un rendez-vous avec un médecin j’ai des mauvaises nouvelles alors j’angoisse et j’ai mal au coeur.


-‘’Le cancer est très agressif’’, dit-il, -‘’Ce sont des cellules en bagues de grade 4 qui se développent très rapidement’’.


Cette brique là m’a fait très mal. Le désespoir se pointe dans le bureau et s’assoit sur mes épaules. J’ai les yeux pleins d’eau.


Il dit qu’il a annulé une autre chirurgie car il doit m’opérer le plus vite possible.


Je suis un cas urgent.


Je retourne à la maison avec X, les yeux rougis et le cœur en miette.


J’ai peur de cette chirurgie, plus que les autres. La convalescence est très longue, un mois environ à l’hôpital. Le pense aux enfants, à X. Je sais que les risques que j’y reste sont très élevé.


J’ai fait des vidéos pour les enfants, pour X, ma famille, mes amis…juste à l’idée de mourir sur la table d’opération je pleure... Souvent…pas devant les enfants...devant eux je suis forte, mais à l'intérieur, je tremble.


J’essaie d’occuper mon esprit le plus possible parce que si j’arrête et je pense trop, je recommence à pleurer.

Le deuil de la vie.


C’est ça que je traverse.


L’idée de tout perdre.


De devoir quitter ceux que tu aimes. Quitter tout. Partir seule et… les oublier.

Je ne veux pas oublier mes enfants, X et ceux que j’aime.


La mort n’est pas une bête facile à apprivoiser.


Je la regarde du coin de l’œil. Je n’ose pas bouger. Je suis paralysée par la peur. Je sais qu’elle est là. Elle m’observe elle aussi, nonchalante. Elle a toujours le dernier mot de toute façon.


Tôt ou tard elle vient pour tout le monde.


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Louve Dubois

Novembre 2015


Je prends quelques instants de ma nuit d'insomnie pour remercier tout le monde pour votre soutient et vos mots d'encouragement. Ça nous touche beaucoup. Merci pour l'aide à la maison aussi.

Mon baluchon est prêt. Demain, je pars pour la guerre. Une guerre que j'espère de tout cœur gagner. Amour et santé à vous tous !!!! À bientôt.


Seen by 61


De retour à l'hôpital. J’arrive tôt le matin. X a un ami qui vient passer la journée avec lui. L’opération dure environ 8hrs. Ça va être long.


J’ai apporté mon pyjama à patte de monstre bleu. J’ai fait ma valise pour un mois. Ouais, un mois avec un diététicien qui me demande ce que ça mange un végétalien… ça promet. Ce n’est pas une blague, il m’a vraiment demandé ça! La nutrition, c’est ça qu’il a étudié à l’école…Il devait dormir durant les cours.


On vient me chercher à la chambre après m’avoir vidé les intestins avec un ‘’Ex-Lax’’ super puissant…pas agréable du tout.


Je prends X dans mes bras, je l'embrasse et le serre très fort. Je l'aime cet homme. Je lui dit à plus tard, les yeux pleins d'eau.


Le chemin vers le bloc…on ne s’habitue pas. Les tuiles au plafond sont pires que celles de l’hôpital de où je demeure.

Ma tête va exploser. Je suis terrorisée.

Je pense à X, aux enfants et à tout ce que je risque dans cette vie.


Les civières sont alignées dans la salle de pré-op. Encore des gens comme moi, aux portes de l’enfer.


L’anesthésiste m’approche. Il est très gentil et ça me rassure un peu. Il fait froid. Je remets mon bonnet bleu pour contenir ce qui reste de mes cheveux. Je les ai coupés plus court. Un mois dans une chambre d’hôpital avec les cheveux long, ce n’est vraiment pas facile à entretenir. C’est compliqué de laver des cheveux dans un lit.

Ils viennent me chercher. Je tremble beaucoup et je claque des dents. Ils essaient de me rassurer mais je pense que seule l’anesthésie va réussir à arrêter mes tremblements. On me fait une péridurale.


Outch! (Piqûre dans la colonne vertébrale). On me couche sur le dos et encore les bras en croix, on m’attache solidement à la table de métal.


L’infirmière est prête avec la sonde urinaire. Au moins cette demande est respectée.


Il y a environ 15 personnes dans la pièce…Une grande baie vitrée avec des sièges pour assister à la chirurgie. J'y vois des gens qui m'observent. J'ai l'impression d'être un poisson rouge dans un aquarium.


L’anesthésiste s’installe près de mon bras gauche.


Je lui ai demandé de m’aviser quand il injectera la drogue, les autres ne l’on pas fait...je n'ai pas aimé ça. Ça me donne une impression d'avoir un peu de contrôle sur ce qui se passe.

Il a hoché la tête et m'a sourit.


On a compté ensemble…


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